Carnet de voyage (Jaipur 2007)
 

Pierres : attention aux traitements !

Jaipur (2/2)

Je n'ai encore vu aucun saphir vert du Sri Lanka. On me présente des béryls et des saphirs verts de Madagascar mais ces gemmes n'égalent pas à mes yeux celles de Ceylan dont le bleu, le jaune et le vert s'unissent pour donner une couleur intense, unique...

Je regarde des «  padparadshas » ; ces saphirs au prix élevé doivent le plus souvent leur couleur à des traitements que je repère à certaines inclusions altérées. Le vendeur me vante leur orange profond mais je sais que celui-ci disparaîtra : dans deux ou trois ans la pierre commencera à pâlir jusqu'à devenir légèrement rosée, voire incolore. De même pour les saphirs bleus diffusés. Aucun commerçant, de Jaipur ou d'ailleurs, n'apprécie que l'on pointe le doigt sur les traitements illicites. Certains ne les connaissent pas et les vendent en toute innocence. Le plus souvent les discussions sur ce sujet tournent court avec la phrase qui voudrait tout excuser :

- C'est une vraie pierre !

Cependant Jaipur reste un carrefour incontournable où il faut séjourner pour découvrir les innombrables bijouteries qui peuplent rues et ruelles et se cachent dans les cours. Ainsi l'amateur et le professionnel pourront admirer des gemmes de qualité issues du monde entier.

Ce matin, visite d'une petite taillerie de diamants.

Devant un café noir j'ai vu passer toutes les couleurs de cette précieuse pierre, surtout du jaunâtre et du brun, à des prix exceptionnels, m'a-t-on solennellement affirmé, sans doute à cause de la teinte extra-blanche de ma peau de touriste !

Constatant que je ne mordais pas à l'hameçon, le patron s'est rabattu sur les pierres de couleur : rubis, saphirs, émeraudes, aigues-marines ont défilé mélangés à toutes sortes de synthèses.

Perdant l'espoir de conclure une affaire, il a tenté d'utiliser mes connaissances en me demandant d'identifier les gemmes qu'il sortait de plis fatigués. Fièrement il a exhibé son certificat de «  Training Diamond »  qui date de trente ans au moins si j'en crois sa photo et l'état du document. Pour finir en beauté il a avancé son rubis brut de Birmanie : en réalité un morceau de verre rouge rosé intelligemment taillé en hexagone !

Je ne dis rien, je ne vois rien, je n'entends rien mais, contrairement au célèbre singe, je n'en pense pas moins...

 

Dans une grande joaillerie de Jaipur j'admire des gemmes de très haute qualité.

Dans un tel endroit la présence d'une fausse pierre étiquetée « Alexandrite »  me surprend mais j'apprécie que le vendeur me précise sa nature synthétique, évidente pour qui connaît la couleur de cette variété de chrysobéryl. Par contre le verre aventuriné passe à ses yeux pour une vraie pierre nommée ailleurs «  Goldstone » et ici « Godstone », la pierre de Dieu. Pour me convaincre de son authenticité, il me dirige vers une grande statue de Ganesh réalisée en cette matière...

Les pluies diluviennes de la nuit recouvrent encore les rues. L'épaisseur de mes tongs ne garantit pas un passage à gué mais en quelques heures le soleil assèchera ces petites inondations.

Les rues étroites de ce quartier de la vieille ville peinent à contenir motos, voitures, rickshaws, piétons et vaches. Celles-ci déambulent à leur guise, traversent ou s'arrêtent au milieu de la rue, perturbant le trafic... Aux cris de l'automobiliste impatient elles continuent de ruminer, immobiles. Si, le plus souvent, leur pas paisible s'accorde à celui du piéton, certaines de leur réactions peuvent surprendre : une vache a récemment encorné une voyageuse...

Ici les magasins de gemmes se succèdent, souvent minuscules. Parfois impossible de pénétrer dans ces petites boutiques où des hommes discutent à demi allongés sur des matelas blancs tapissant la surface du sol.

Sur le seuil, des ouvriers trient et enfilent inlassablement les perles qui formeront les colliers multicolores bientôt suspendus dans les vitrines des grossistes du monde entier...

 

Clémence Jude, août 2007